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HISTORIQUE

Servir l’intelligence de l’écrit

Les éditions Hermann publient des ouvrages de qualité, écrits par des universitaires ou des intellectuels de renom à destination d’un lectorat aussi large que possible. Soucieuse d’éviter le double écueil de l’érudition trop savante et de la vulgarisation à outrance, la maison accorde toute son importance au traditionnel travail de suivi éditorial : les textes, devant être clairs, didactiques, intelligibles et bien écrits, sont en grande partie retouchés par les éditeurs, que le président de la maison, Arthur Cohen, qualifie de « serviteurs de l’intelligence de l’écrit ».

Pierre
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Formule à considérer sous tous ses aspects : l’intelligence de l’écrit, c’est d’abord l’intelligence de l’auteur, de sa pensée ; telle est la raison pour laquelle l’équipe éditoriale sélectionne de façon drastique les nouveaux auteurs en fonction de leur perspicacité, de la pertinence de leurs points de vue et de la valeur intellectuelle de leurs travaux.

Mais l’intelligence de l’écrit, c’est aussi l’intelligibilité du propos, qui permet au lecteur de prendre plaisir à découvrir des thèses originales et novatrices. La marque de fabrique des éditions Hermann s’énonce de fait dans cette simple formule, qui pourrait être reprise comme slogan de défense du livre : l’écrit, par ses exigences de réflexion poussée et active, requiert un effort particulier d’intelligence, tant de la part de l’auteur et du lecteur que de celle de l’éditeur.

140 ans d'histoire

Les premières années : de 1876 à 1956

En septembre 1876, Arthur Hermann (1839-1929, normalien et professeur agrégé de mathématiques) fonde à Paris, au 6 rue de la Sorbonne, la maison d’édition qui porte son nom. Hermann se fait immédiatement connaître en publiant les œuvres de ses amis mathématiciens et physiciens (Cartan, les époux Curie, Hadamard, Poincaré) ou philosophes (Duhem, Renan). Par fantaisie, il réimprime également de luxueuses publications antérieures (comme les Fleurs de Redouté) et des récits de voyage (notamment ceux de La Pérouse).

En 1926, pour célébrer le cinquantième anniversaire de la maison, Jules Hermann (1875-1927), qui a succédé à son père à la tête de la maison, édite un catalogue du fonds qui atteste de la pertinence des choix éditoriaux : on y retrouve d’importants ouvrages de Bohr, Boutroux, Cantor, Gauss, Hilbert, Langevin, Lobatschewsky, Planck, Riemann ou Lariboisière.

En 1927, le gendre d’Arthur Hermann, Enrique Freymann (1888-1954), alors attaché culturel du Mexique, reprend les rênes de la maison. Soutenu par Louis de Broglie (prix Nobel de Physique), Freymann fonde la collection « Actualités scientifiques et industrielles » dans laquelle il publie des centaines d’œuvres marquantes comme celles de Bourbaki, Brunschvicg, Carnap, Cavaillès, Einstein, Monod, Neurath, Sartre ou Wiener.

L’ère Berès : de 1956 à 2006

«Pierre, ou la curiosité. Une curiosité immense et que j’aimais parce qu’elle était immense et s’attachait, avec une inquiète allégresse, à ce qui est l’essentiel c’est-à-dire aux livres et aux tableaux dans lesquels l’ambition humaine a déposé le meilleur de soi. Livres et leurs manuscrits, tableaux, dessins, ouvrages de la science ancienne en ses belles premières éditions, autographes de grands auteurs, Pierre prenait tout cela dans l’éclat de ses réussites professionnelles. Pensons plutôt à l’héritier qu’il fut d’une tradition, le dernier ou presque.»

Yves Bonnefoy
Portraits aux trois crayons, Paris, 2013, © Galilée

Pierre BERES

Sous l’Occupation, entre la rue de la Sorbonne et le jardin du Luxembourg, Enrique Freymann rencontre Pierre Berès (1913-2008), figure déjà célèbre de la haute bibliophilie et tout jeune éditeur de la plus grande lithographie en couleur jamais réalisée, La Fée électricité de Raoul Dufy.

En 1956, peu après la mort de Freymann, ses héritiers cèdent la maison Hermann à Pierre Berès, qui incorpore au catalogue le fonds des éditions La Palme. Afin de rajeunir l’image de la maison, Berès demande au typographe Adrian Frutiger, qui anime la fonderie Deberny et Peignot, de redessiner la charte graphique et l’identité visuelle d’Hermann. Frutiger dessine alors le logo et une typographie unique pour chaque lettre composant le nom Hermann, puis conçoit la célèbre façade argentée de ce qui devient le comptoir de ventes de la rue de la Sorbonne.

Parallèlement, Berès repense la ligne éditoriale et élargit le spectre des publications, sans pour autant renoncer aux critères de rigueur et de scientificité qui font la marque et le savoir-faire d’Hermann. C’est alors que s’établit cette politique éditoriale bipolaire, qui caractérisera Hermann pendant plus d’un demi-siècle, et que Berès résumera en une formule, celle d’ « éditeurs des sciences et des arts ».

Pour dynamiser le secteur scientifique, soucieux d’être toujours à la pointe de la recherche, Berès s’entoure des conseils de Georges Champetier, François Jacob et Jacques Monod, et entreprend de publier dans toutes les disciplines. Avec Edgar Lederer, il aborde la chimie des substances naturelles, et donne une impulsion nouvelle aux œuvres de Bourbaki, tout en se nouant d’amitié avec Henri Cartan et Jean Dieudonné.

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Ce dernier est d’ailleurs chargé de créer la collection « Travaux en cours » pour rendre compte des dernières évolutions de la recherche mathématique. Les travaux des plus brillants mathématiciens français (dont les deux lauréats de la médaille Fields Laurent Schwartz et Jean-Pierre Serre) y seront ainsi publiés.

À la mort de Jean Dieudonné en 1992, cette collection est continuée par le mathématicien Lê Dung Tràng, qui fonde également la collection « Actualités mathématiques ». En physique, Claude Cohen-Tannoudji (prix Nobel de Physique) écrit pour Hermann son traité Mécanique quantique. Berès crée des revues scientifiques de renommée internationale (L’Enseignement des sciences et Sciences) ainsi que de nombreuses collections : « Histoire de la pensée » avec l’épistémologue et historien Alexandre Koyré, « Formation des enseignants et formation continue » avec le mathématicien Alain Bouvier, « Méthodes » avec Pierre Aigrain et Pierre Favard. En médecine, Maurice Tubiana et Jacques-Louis Binet créent à la demande de Pierre Berès la collection « Ouverture médicale », l’une des premières collections grand public qui résument les acquis scientifiques et les conseils de grands spécialistes.

Dieudonné
Livres sciences

Dans le même temps, Berès œuvre sans relâche pour imposer Hermann en tant qu’éditeur d’art et de sciences humaines.

En 1960, avec André Chastel, il fonde la somptueuse revue Art de France pour laquelle Maurice Merleau-Ponty rédigera L’Œil et l’Esprit et à laquelle contribueront de très nombreux écrivains et essayistes (Aragon, Yves Bonnefoy, Michel Butor, René Char, André Fermigier, Jean Paulhan, Gaëtan Picon, Francis Ponge, Pierre Rosenberg, Philippe Sollers, etc.) ainsi que des artistes de premier ordre (Vieira da Silva, André Masson, Pierre Soulages, Ubac).

Puis voit le jour la collection « Miroirs de l’Art » (dirigée par André Chastel et Françoise Cachin), connue pour avoir ouvert une voie nouvelle dans l’histoire de l’art...

En 1970, Michel Foucault prolonge ses réflexions sur l’inter- et la trans-disciplinarité en créant la collection « Savoir », aux quatre registres : arts, lettres, sciences, cultures. C’est dans cette collection que paraissent les traductions des œuvres de Karl Popper ou de John Searle et que sont publiés les textes de Jean-Pierre Faye, Marc Fumaroli, Jacqueline de Romilly ou Maurice Allais (prix Nobel d’économie).

À la pointe de tous les savoirs, les éditions Hermann acquièrent ainsi sous la direction de Pierre Berès une image de qualité tant auprès des libraires que des lecteurs.

art livres

Les éditions Hermann

aujourd'hui

En 2006, Arthur Cohen, jusqu’alors directeur éditorial, devient Président Directeur général. Sous son impulsion, et grâce au travail de près de soixante-dix éditeurs, directeurs de collection et conseillers éditoriaux, la ligne éditoriale est étendue : tout en continuant à publier des ouvrages de référence et de recherche dans toutes les disciplines du savoir, la maison commence à publier des titres ciblant un plus large lectorat. Pour qualifier ce renouveau, le Monde des Livres n’hésite pas à parler de « petite révolution » (25 août 2006) tant le nombre de nouvelles collections (en musique et musicologie, en psychanalyse, en sciences sociales, en philosophie, en danse, en épistémologie, en culture numérique et informatique, en histoire des sciences, etc.) est grand. D’un côté, la maison poursuit sa ligne éditoriale exigeante avec des textes de références, comme c’est le cas pour la collection Savoir Arts, qui s’étoffe avec de nouveaux écrits d’artistes : en plus des textes de Matisse et de Giacometti, sont publiés, entre autres, les écrits de Pierre Soulages, Ingres, Courbet, Renoir, Bracquemond, Lurçat, Vasarely ou Miro. D’un autre côté, Hermann ouvre des départements éditoriaux dont la vocation est d’accueillir et de promouvoir la réflexion contemporaine. Sont ainsi publiés des essais (La Vie humaine d’André Comte-Sponville, Le Silence du Bouddha de Roger-Pol Droit ou La Loi intérieure de François Rachline, Le Psychanalyste et le rabbin de Delphine Horvilleur), des essais d’actualité (Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école de Jean-Pierre Obin) ou des essais littéraires (Fleurs de Philippe Sollers, Mon Espagne de Florence Delay, L’Ange bleu de Zoé Valdés), à destination du grand public.

Ces efforts sont couronnés de nombreux prix et récompenses comme, par exemple, pour n’en citer que quelques-uns, le Prix Ève Delacroix de l’Académie française attribué en 2007 à Jacqueline Risset pour Traduction et Mémoire poétique ; le Prix des Muses décerné en 2009 à Paul Griffiths pour son livre sur Jean Barraqué intitulé La Mer en feu ; le Prix de l’Académie royale de Belgique décerné en 2011 à Anne Staquet pour Descartes et le libertinage ; le Prix du Forum atomique français attribué en 2012 à Jacques Foos et Yves de Saint Jacob pour Peut-on sortir du nucléaire ? ; le Prix Louis Liard de l’Académie des Sciences morales et politiques attribué en 2012 à Patricia Kauark-Leite pour Théorie quantique et philosophie transcendantale ; le Prix des Impertinents 2013 pour La Nouvelle Idéologie dominante de Shmuel Trigano ; le Prix Turgot 2021 à Xavier Durand pour Oser le risque ; ou le Prix Alfred Verdaguer de l'Institut de France décerné à Jean-Jacques Tatin-Gourier en 2023 pour Vivant Denon et les lendemains du libertinage.

Fort de ses succès, la maison décide en 2024 de se donner, sous la présidence d’Arthur Cohen, un nouveau Conseil d’administration mandaté pour orchestrer le développement et concevoir de nouvelles stratégies, tandis que la direction générale est confiée à Noëlle Meimaroglou.

En publiant près de deux cent cinquante nouveaux livres par an, Hermann jouit d’un dynamisme et d’un savoir-faire qui perpétuent son prestige déjà ancien.

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